samedi 12 janvier 2013

Au revoir Seb'...

Cette semaine aurait du être la semaine de la reprise de l'escrime après la trêve des fêtes de fin d'année...
L'arrivée d'un mail en a décidé autrement...

Comment annoncer à Lamilia qui décomptait les jours la séparant de sa reprise des cours depuis 3 semaines  qu'elle resterait à la maison cette semaine ?

Comment annoncer à Lamilia que la semaine suivante non plus il n'y aurait pas d'escrime ? Que celle d'après non plus et qu'en fait il n'y aura plus d'escrime tout court ?

Comment lui expliquer que son club ferme parce que son maître d'arme est décédé la semaine dernière ?

Comment lui expliquer que non, il n'était pas malade, non il n'a pas eu d'accident de voiture, juste le simple fait de vivre lui était devenu trop difficile ?

Cet homme qui pour les enfants du club était un simple animateur sportif était devenu bien plus que cela aux yeux de Lamilia... Celui que les enfants appelaient "Maître", que certains appelaient Sébastien, elle, elle l'appelait Seb'... Et lui en échange était autorisé à l'appeler "Mia" surnom réservé d'ordinaire à la famille... une complicité entre eux qui en surprenait plus d'un...

Il lui a permit de faire d'énorme progrès, lui a également permit de s'équiper allant jusqu'à participer à l'achat de son casque pour lui permettre d'avoir le dernier modèle électrique qui la suivrait jusqu'à l'âge adulte dans ses compétitions comme aux entraînements... Il lui offrit même un sabre flambant neuf qu'elle ne quitte plus... Il disait que c'était "un investissement pour son avenir et que de l'avenir...elle en avait" !!!



Ce jeune et bel homme, toujours souriant, doté d'une patience hors du commun avec les enfants leur enseignait chaque semaine bien plus que les simples règles ou techniques de l'escrime... Il avait toujours  quelques mots sur la vie à côté, sur le respect qu'ils devaient apprendre le jeudi et dont ils devaient se souvenir les 6 autres jours de la semaine ou sur la solidarité dont ils devaient tous faire preuve à toute épreuve...

Cet homme qui au fil des semaines passées à discuter de tout et de rien, de lui ou de nous, lorsque je conduisais Lamilia ou lorsque nous avons travaillé ensemble sur la com' du club avait fini par devenir plus que "le simple entraîneur de ma fille"...
Il était un homme pour qui j'avais énormément de sympathie, de respect et de gratitude...

Alors c'est tout naturellement que j'ai souhaité lui rendre un dernier hommage en assistant à la cérémonie funèbre...
Lamilia souhaitait également s'y rendre mais nous avons finalement opté pour un compromis destiné à lui permettre de garder de lui les meilleurs souvenirs...
Elle a donc passé son mercredi à lui confectionner un superbe sabre en Origami (Je vous mets au défi de trouver un modèle sur internet ! Ce qui vous donnera une idée du mal qu'elle s'est donné pour lui offrir ce dernier cadeau...) et c'est donc moi qui me suis déplacée pour aller lui remettre avec une fleur qu'elle a choisie chez le fleuriste...

La cérémonie fut un très bel hommage depuis lequel je m'interroge...
Comment peut-on ne plus entrevoir de lueur d'espoir et se sentir seul au point de ne plus trouver le courage de continuer de vivre alors que plusieurs centaines de personnes se sont déplacées pour les funérailles ? ( prenant au dépourvu la famille et les employés du funérarium dans lequel la plus grande des nouvelles salles ne suffit pas et qui durent laisser toutes les portes ouvertes pour que toutes les personnes  ayant fait le déplacement puissent suivre malgré tout l'hommage rendu...)

Cet homme dans lequel je n'avais jamais perçu la moindre once de détresse ou de solitude, qui m'apparaissait au contraire comme un modèle de stabilité et d'équilibre a ébranlé sérieusement mes certitudes et ma confiance en ma perception de la détresse...
Je me surprends à réviser mes jugements sur mes proches, vont-ils si bien que ce que je me l'imagine ? Ceux qui ne sont pas au mieux de leur forme, ceux qui souffrent ne se rapprochent-ils pas dangereusement de la ligne rouge ? Si tant est que ce soit le cas... Qu'est-ce qui est en mon pouvoir pour changer les choses et les aider ?
Je ne possède pas de regrets suite au départ de cet homme dont je n'étais pas assez proche pour avoir quelconque influence et prétendre avoir pu faire le poids face au quotidien... Mais saurais-je reconnaître cette détresse si je croisais sa route de plus près ?
Tant de questions soulevées l'espace de quelques jours et qui me laissent encore perplexe...

Il est difficile de pleurer les morts mais bien plus complexe encore de prendre soin des vivants au quotidien... Je pense qu'on ne dit jamais assez à nos proches à quel point on les aime, à quel point ils nous sont précieux et indispensables pour continuer de vivre, de progresser, de "grandir"...
Peut-être que juste cela pourrait changer bien de vies....
Et si on commençait maintenant ?


4 commentaires:

Cedric a dit…

Fofie on t'aime, tu nous es précieuse et indispensable et tu nous permets de grandir.
Sincèrement.

J'ai eu il y a quelques temps à discuter de ce sujet avec des enfants de 8 et 9 ans suite au départ précipité du papa de l'une d'entre eux. Ce n'est pas évident à comprendre à cet âge.
Celà dit, devant ta fille, souvenez-vous de ses bonnes actions durant sa vie, mais en parallèle n'hésite pas à montrer ta déception devant son acte d'abandon, pour bien motrer que cette voie n'est pas à suivre.

Courage.
Cedric

kat 77 a dit…

je suis bien d'accord avec Cedric.

J'ai eu 2 fois à y faire face avec2 membres de ma famille...

J'étais pourtant adulte... Mais ils m'ont planté là avec toutes mes questions et plus personne pour y répondre...

dur. Très difficile épreuve qu'il faut toutefois surmonter...

Chaque fois que je regarde quelque chose de beau ou qu'il m'arrive quelque chose de bien dans la vie, je pense à eux... Et à ces moments qu'ils ont raté...

Non... cette voie n'est pas à suivre... Faut il se sentir sacrément seul pour réaliser ce geste... et c'est là tout le paradoxe de ce que tu décris... tant de monde dans cette église... et pour moi tant de gens d'amis (es) et de famille pour les miens...

Courage à ta petite puce qui doit se sentir bien désemparée...

Bisous.

Chauss'Poupon a dit…

Ma maman en a décider ainsi ce samedi justement... Hospitalisée, on attend, mais elle n'a pas la volonté de vouloir se défaire de cette ultime solution, mal de vivre récurrent...
En attendant, il faut aider la fratrie à "mieux" vivre cet abandon et les décisions à prendre pour son avenir à elle, quitte à la "trahir" en la faisant hospitaliser contre son gré, et à perdre sa confiance, son estime, son amour...
Dur dur, mais mon petit bout qui naîtra d'un jour à l'autre aura au moins peut-être la chance d'avoir une photo de lui avec sa grand mère, avant qu'elle remette ça...
Oh que je comprends ton désarroi. Comment expliquer à mon fils que Mamie n'a pas eu la volonté de le connaitre alors qu'il arriverait la semaine d'après?!! Et à mes plus grands que mamie les avaient invités à aller au manège et à manger des chichis l'après midi, mais qu'elle a préféré en finir avec la vie le matin même?... Alors que nous vivons près d'elle depuis 1 mois seulement, après avoir changé de région et de vie pour elle?
Et pourtant, entourée de décès depuis ma plus tendre enfance, c'est une religion pour moi de dire tout le temps, et mes enfants aussi du coup, mon attachement à chacun. Quand on s'aime on se le dit chez nous... Mais ça n'a pas suffit...

hildegarde a dit…

Paix à son âme. En espérant qu'il ai trouvé ce qu'il cherchait.
Courage à vous, et surtout à votre fille.