jeudi 29 novembre 2012

Sous la même lune... à 50 mètres de là.

En ce moment les soirs de semaine où je suis à la maison avant 20 heures sont assez rares...
Entre les trois réunions de parents d'élèves en 15 jours, les conduites au tir deux soirs par semaine, à l'escrime un troisième... quand il ne faut pas courir chez l'orthodontiste à 17 kilomètres, ou chez l'ophtalmo, l'ostéo ou que sais-je encore...
Alors ce soir, je savourais tranquillement les joies du co-voiturage que j'ai instauré avec deux autres mamans de la ville et de celle voisine pour les conduites à l'escrime à l'autre bout de la métropole... 
Je revenais donc d'avoir confié mon poussin pour la soirée et  marchais dans les rues de mon villach' déjà plongées dans l'obscurité à 18 heures, complètement hypnotisée par une lune absolument magnifique... complètement disproportionnée, et je me surprends à repenser au film "Bruce tout puissant" lorsque Bruce attrape la lune au lasso et la rapproche... Et bien c'était pareil l'espace de quelques minutes... Sa couleur jaune orangée était d'une incroyable d'intensité... à en couper le souffle !

Alors j'ai savouré... Juste le plaisir de marcher dans la nuit fraîche sans courir après le temps...Un luxe pour moi en ce moment et quand en plus dame nature me glorifie d'un spectacle aussi magnifique que ce soir... j'en déguste chaque seconde...

De retour à la maison, je prends à l'arrachée mon appareil photo pour aller immortaliser ce tableau irréel au bout de ma rue...
La journée fut plutôt pas trop mauvaise au regard des dernières écoulées... Le chauffage est revenu à la maison, même si il nous faudra tuber tout le conduit de cheminée sur 3 étages (RDC-1er-2eme) la semaine prochaine, une douce chaleur règne à nouveau dans mon foyer... La lune est l'une des plus belles de l'année et je peux en plus m'offrir le luxe d'aller la photographier sous tous les angles (ou presque... ;-)!



Et pourtant cette photo n'est pas la mienne... 
C'est très exactement celle que j'aurais pu faire si je n'avais pas croisé l'un de mes voisins...
Un voisin avec qui je papote d'ordinaire longuement et qui ce soir m'a décroché un lointain "bonsoir" en réponse à mon salut...
J'aurais fait cette photo si 10 mètres après m'avoir croisé il n'avait pas fait demi-tour... 
Si je n'avais pas entendu ses pas s'éloigner, s'arrêter, puis se rapprocher de nouveau derrière moi... Ses pas qui résonnaient dans la ruelle déserte...
Si il n'avait pas crié mon prénom dans l'espoir de me retenir avant que je ne m'éloigne trop...
Mon prénom avec une voix que je ne lui connaissais pas...
J'ai d'abord cru qu'il avait oublié de me dire quelque chose... Alors par politesse, le temps qu'il revienne jusqu'à moi je lui ai demandé comment il allait... Même si je voyais bien que ce soir il était ailleurs.
Je m'attendais à ce qu'il se plaigne un peu de sa santé qu'il peine à voir se dégrader alors que sa retraite n'a jamais été aussi proche... 
Ou bien qu'il grogne un peu contre son métier qui n'est plus ce qu'il était il y a 10 ans...
Je m'attendais à ce qu'il se plaigne de sa voisine qui soufflera bientôt une centaine de bougies et à qui il consacre chaque jour plus d'une heure de son temps avec une infinie patience pour briser son isolement et lui venir en aide... et ce alors qu'elle n'est pas tous les jours facile à vivre...
Oui je m'attendais à tout sauf qu'il m'annonce comme ça, de but en blanc, qu'il allait mal parce que sa fille que l'on croise chaque semaine, venait de perdre son petit bébé de 7 mois d'une mort subite.
J'entends encore ses mots raisonner dans la nuit !
J'ai titubé, cherchant quelque chose à quoi me retenir...La bouche ouverte de stupéfaction, bien incapable d'articuler le moindre mot... 
Dans ma tête, la boucle : bébé de 7 mois... mort subite... enterrement demain... avec la vision d'horreur de ce tout petit cercueil, bien trop petit !!!
L'instant d'avant je savourais la douceur de cette soirée d'automne sous une lune qui s'offrait à nous et le suivant je réalisais que dans l'une des maisons voisines se jouait sans doute le pire drame humain possible et imaginable. Une mère venait de perdre son tout petit enfant.

Bien sûr comme tout le monde j'avais déjà entendu parler de la mort subite du nourrisson...
Bien sûr comme tout le monde je trouvais cela terrible...
Bien sûr comme tous les parents je me suis levée la nuit pour aller vérifier que mes enfants, mes trésors, mes raisons de vivres respiraient encore alors que je venais de me réveiller en sueur et en hurlant de mes pires cauchemars qui me soufflaient le contraire...
Mais jamais jusqu'alors je n'avais été confrontée  à cette profonde injustice, à ce drame juste inhumain... Une mère qui couche son enfant sans soupçonner un seul instant que jamais plus il ne se réveillera...
J'étais pétrifiée, incapable de dire quoi que ce soit... Juste je l'écoutais parler et des mots  étaient plus violents que d'autres... Analyses, autopsie, enterrement... Comme si la souffrance n'était déjà pas assez intolérable, il fallait encore endurer tout cela... Quelle abomination !!!

Et c'est à ce moment là que la maman en deuil est sortie rejoindre son père avec qui je parlais...ou plutôt que j'écoutais parler...
Que dire à cette femme dans une telle détresse... Lui présenter mes condoléances me faisaient l'effet d'un affront, moi qui ai la chance insolente d'avoir mes trois gnômes débordant de vie et de santé !
Bien sûr je lui ai néanmoins présentées, en m'excusant de ne connaître de mots qui apaisent la souffrance... Dans la confusion totale, un "bonne soirée" est sorti, sitôt rectifié par "enfin la meilleure possible en ces pénibles circonstances" et je m'en serais mordue la langue...
Quelle impuissance... terrible impuissance ! Ridicule impuissance qu'est la mienne de ne savoir trouver les mots moi qui les aime tant à côté de l'impuissance de cette maman face à son si cruel et injuste destin...

Pourquoi ??? Pourquoi prendre la vie d'un petit Homme de 7 mois sans la moindre raison ??? Pourquoi ??? 

Bien sûr que personne n'a de réponse à cette question... 
Personne ne peut expliquer l'inexplicable...

Alors je suis rentrée... Arrivée à la maison, j'étais tellement sous le choc que je me suis surprise à avoir l'appareil photo à la main... Ah oui ! C'est vrai j'étais sortie immortaliser cette soirée magnifique... "l'immortaliser"... Comme si un appareil photo suffisait à accomplir ce miracle.

Avez-vous seulement déjà culpabilisé d'être heureux? Vous êtes-vous déjà senti honteux de votre chance ? Malheureusement honte et culpabilité ne suffisent pas à rétablir les inégalités...
Alors j'ai relativisé... Finalement, que sont ces 1200 euros qu'il me faudra débourser  à l'imprévu pour remettre en état mon chauffage, que sont ces petits tracas qui nous pourrissent la vie, ce tout-à-l'égout à mettre à jour, cette voiture à réparer ou ces petits ennuis de santé à coté de l'atrocité dans laquelle baigne cette famille?
Ce soir, je vais éteindre cet ordinateur, je vais aller me coucher, mais avant je passerai dans la chambre de chacun de mes enfants, comme chaque soir je les écouterai dormir et vérifierai que leur sommeil est paisible et je me coucherai moi aussi après m'être enivrée de l'odeur et de la douceur de leur peau... et cela, ça n'a pas de prix !!! Ma chance est indécente. MERCI.

3 commentaires:

hildegarde a dit…

Terrible épreuve que celle que cette famille doit endurer. Repose en paix petit ange! et bon courage à ta famille.
(les larmes me sont montées au yeux, en pensant moi aussi à mon bonheur d'avoir mes 2 amours encore en train de roupiller dans leur lit)

kat 77 a dit…

j'ai été confronté à cette terrible épreuve, via ma cousine il y a 15 ans...
Je n'ai pu me résoudre à me rendre à l'enterrement...
La vision d'un si petit cercueil... non, je n'ai pas pu...

Ma cousine souhaite l'anniversaire de son petit Anthony, chaque année...ses photos sont toujours dans son porte feuille et l'une d'entre elle sur un meuble partage sa vie de famille et sa vie de maman depuis...

Quelle épreuve...

Pascale a dit…

Je suis assmat et la MSN est ma hantise quand je garde des nourrissons, jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour ne plus être dans la zone "à risque".
Je ne veux même pas imaginer l'horreur absolue que doit être la perte d'un enfant, il n'y a pas de mot...
C'est clair que ça remet les choses et les idées en place... et redonne le sens des priorités.